Le programme NEWater réutilise des eaux usées traitées afin de produire une eau ultra-pure. Il permet aujourd'hui de couvrir environ 40 % de la demande totale en eau de Singapour, avec un objectif de 55 % d'ici 2060. L'eau produite est principalement destinée aux usages industriels (semi-conducteurs, climatisation) mais une partie est réinjectée dans les réservoirs pour rejoindre in fine le circuit d'eau potable.
Singapour est une cité-État sans ressources naturelles en eau douce suffisantes et historiquement dépendante des importations d'eau de la Malaisie voisine, via des accords bilatéraux (dont l'un expire en 2061). Cette dépendance constitue un risque stratégique majeur : approvisionnement soumis à des tensions diplomatiques et croissance démographique/industrielle continue augmentant la demande. La demande nationale, actuellement d'environ 1 800 000 m³, devrait doubler d'ici 2060.
En France, la problématique est différente dans son origine (pas de dépendance géopolitique) mais converge sur le fond : multiplication des périodes de sécheresse, restrictions d'usage récurrentes, et un taux de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) qui reste très faible (moins de 1 % contre une moyenne européenne bien supérieure dans des pays comme l'Espagne ou l'Italie), freiné par un cadre réglementaire longtemps restrictif.
Le PUB pilote l'ensemble de la chaîne dans le cadre de la stratégie des « Four National Taps » (quatre robinets nationaux) : eau de captage local, eau importée, eau désalinisée et NEWater. Le procédé de production repose sur trois étapes : microfiltration/ultrafiltration pour retenir particules et bactéries, osmose inverse pour éliminer contaminants dissous et virus, puis désinfection aux ultraviolets. PUB a notamment adopté la technologie des bioréacteurs à membrane (MBR) pour le traitement de l'eau.
Les usines sont financées et exploitées via des montages public-privé : la cinquième et plus grande usine NEWater a par exemple été attribuée à Sembcorp Industries en 2008 avec une capacité de 50 millions de gallons par jour. L'eau produite est utilisée directement par les industries à forte consommation (usines de semi-conducteurs, production d'énergie, pétrochimie, climatisation des bâtiments) et, pour une partie, injectée dans les réservoirs afin de se mélanger à l'eau de pluie avant un traitement classique en vue de la consommation potable, un choix technique motivé par l'acceptabilité publique et qui évite le raccordement direct au réseau d'eau potable (ce qui ajoute une barrière de sécurité et favorise aussi l'acceptabilité).
Le cas NEWater est surtout instructif sur deux plans pour la France : l'acceptabilité sociale de la réutilisation des eaux usées (facteur souvent sous-estimé dans les projets français) et l'articulation entre usages industriels et domestiques. D'autres usages sont aussi à envisager, notamment dans des domaines où les normes, moins strictes, permettent un déploiement plus aisé, tels que l'irrigation, l'arrosage des espaces verts urbains, le nettoyage des espaces urbains. La France dispose d'un cadre réglementaire encore restrictif sur la REUT, récemment assoupli (décret d'août 2023 sur la réutilisation des eaux usées traitées), mais son déploiement reste embryonnaire comparé à Singapour. Le gouvernement français fait toutefois montre d'une volonté d'avancer sur le sujet, avec un « Plan eau » de mars 2023 qui a fixé un cap pour la Réutilisation des Eaux Usées Traitées : l'ambition affichée est de multiplier par dix le volume d'eaux usées réutilisées d'ici 2030, c'est-à-dire de passer de moins de 1 % à environ 10 % des eaux traitées. Pour y parvenir, l'objectif est de développer 1 000 projets de réutilisation des eaux non conventionnelles (eaux usées traitées, eaux de pluie, eaux grises) à l'horizon 2027. Si le plan eau a bien été partiellement mis en œuvre (seulement 195 des 1 000 projets de réutilisation visés d'ici 2027 sont en service ou en instruction), son déploiement reste insuffisant au regard des enjeux hydriques.
Adaptations nécessaires : un pilotage plus intégré entre les multiples opérateurs de l'eau en France (contrairement au modèle centralisé du PUB), un travail de pédagogie publique comparable à celui mené par Singapour.
Obstacles probables : fragmentation des compétences (communes, intercommunalités, agences de l'eau), acceptabilité sociale française historiquement plus réticente sur ce sujet, coût des infrastructures dans un contexte d'investissement public contraint.
Acteurs à mobiliser : agences de l'eau, ministère de la Transition écologique, ministère de l'Économie, collectivités locales et représentants des CCI, les chambres d'agriculture, syndicats agricoles, industriels gros consommateurs d'eau (semi-conducteurs, agroalimentaire), opérateurs (Veolia, Suez) qui disposent déjà d'une expertise technique proche, Cerema (qui accompagne déjà certaines installations bénéficiant du Plan eau).
Partager cet article
Aidez-nous à enrichir cette bibliothèque en partageant des ressources fiables et utiles pour les acteurs de la transition.
Besoin d'aide ?
Parcourez nos fiches avec l’aide de notre assistant numérique et si vous n'y trouvez pas ce que vous cherchez, sollicitez notre communauté avec Allô Transition.
Accessibilité
Taille de la police
Taille de l'interlignage