Après avoir défini le sujet de la précarité énergétique (1), cette fiche s’intéresse au pourquoi (2) et au comment mobiliser les leviers à la main des collectivités pour intervenir sur cet enjeu (3). La fiche propose un focus sur le programme Slime (4) et quelques exemples inspirants (5).
La loi reconnaît la précarité énergétique comme une “difficulté à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat” (loi du 10 juillet 2010, dite “loi Grenelle 2”).
La lutte contre la précarité énergétique mobilise plusieurs compétences du bloc communal, notamment dans les domaines de l’habitat, de l’action sociale, de l’énergie et de la santé publique. Le bloc communal peut par ailleurs participer au financement du Fonds de solidarité pour le logement (FSL). L’intercommunalité a également pour rôle, sur le volet urbain de la politique de la ville, de « promouvoir le développement équilibré des territoires, la ville durable, le droit à un environnement sain et de qualité et la lutte contre la précarité énergétique ». Sur le volet énergie, les EPCI portent les pactes Territoriaux France Rénov’ et peuvent mener des actions spécifiques de lutte contre la précarité énergétique (aide aux travaux, accompagnement, etc.) dans le cadre de leur Plan climat air énergie territorial (PCAET). L’action sociale, complémentaire à celle du Département, est également concernée : les Centres communaux (ou intercommunaux) d’action sociale (CCAS/CIAS) interviennent dans la prévention et les demandes d’aide sociales sur le territoire.
Derrière une définition légale relativement large, se cachent des réalités très différentes, liées à des causes multiples et souvent cumulatives :
Les conséquences pour les personnes concernées mais aussi pour la collectivité sont économiques et financières (impayés, endettement, recours aux aides), techniques (dégradation du logement), sanitaires (restrictions voire privation de chauffage, risques accrus, avérés et documentés pour la santé et risques psychosociaux).
La précarité énergétique est un processus : si elle n’est pas traitée, elle s’aggravera dans le temps, avec des risques de basculement vers la pauvreté pour les ménages, et vers l’insalubrité pour les logements.

En France sont particulièrement exposés1 :
Face à l’hétérogénéité des situations vécues les acteurs de terrain, doivent avoir à leur disposition un éventail de dispositifs adaptés, variés et complémentaires.
Ces dispositifs peuvent se situer dans le champ du droit commun (dispositifs nationaux mobilisables dans tous les territoires) ou être conçus et déployés à l’échelle locale, par des acteurs publics et/ou privés souvent désireux de compléter les aides de droit commun pour pallier un certain nombre de “trous dans la raquette”.
Parmi ces dispositifs locaux, on peut notamment mentionner :
Ces dispositifs très complémentaires sont en général portés par des services différents au sein des collectivités territoriales (action sociale, habitat/logement, énergie/environnement). Le double enjeu local autour de la lutte contre la précarité énergétique consiste donc à la fois à faire “se rencontrer” les dispositifs et leurs publics, mais également, pour les équipes, à construire et outiller une réponse qui articule les enjeux sociaux des ménages aux enjeux techniques liés au bâti, au logement et à son équipement. Un guichet unique peut être une solution face à la complexité des démarches.
À ce titre, le Slime (programme CEE) constitue la brique méthodologique manquante qui permet à la collectivité de passer d'une gestion de l'urgence sociale à une véritable politique structurée sur le sujet de la précarité énergétique.
Porté depuis 2013 parCler Solutions (filiale duréseau Cler), le Slime (Service Local d’Intervention pour la Maîtrise de l’Énergie) est un programme de lutte contre la précarité énergétique éligible aux Certificats d’Économies d'Énergie qui permet de cofinancer les actions des collectivités territoriales. Il permet d’identifier, sensibiliser et accompagner les ménages en situation de précarité énergétique, en mobilisant des acteurs locaux de terrain (notamment travailleurs sociaux) et en proposant des actions concrètes.
Actuellement, une cinquantaine de collectivités sont engagées dans le programme : Conseils départementaux, Métropoles, Communautés urbaines et de communes, villes, CCAS, syndicats d’énergie, Parcs Naturels Régionaux, Groupements d’Intérêt Public…
Elles s’appuient sur de nombreux partenaires opérationnels (Alec, opérateurs habitat, Adil, Compagnons Bâtisseurs, structures d’action sociale…).

Si le programme Slime a été conçu comme une réponse concrète et multi-partenariale au phénomène prégnant de la précarité énergétique, il s’appuie sur trois principes plus larges, gages d’équité et d’efficacité des politiques publiques :
La méthodologie, conçue au niveau national, est déployée localement dans les dispositifs Slime pilotés par les collectivités quelle que soit l’échelle territoriale. Ce sont les collectivités qui décident des modalités de mise en œuvre en fonction de la réalité de leur territoire : nombre de ménages concernés, ressources financières et humaines mobilisables, réseau local d’acteurs, dispositifs existants...
Il se déploie en trois étapes complémentaires, mises en œuvre avec les professionnels des territoires :
Au-delà des impacts directs pour les ménages, le Slime permet la montée en compétence et la mise en réseau des acteurs locaux pour structurer une réponse efficace et durable à cette problématique.
Les effets constatés depuis 2013 sur les ménages ayant bénéficié d’un accompagnement Slime sont très positifs. En comprenant davantage leur situation et les aides auxquelles ils ont droit, on observe une mise en action des ménages cohérente avec les préconisations des chargés de visite Slime, par exemple :
Exemple de mutualisation des ressources humaines mobilisées pour le déploiement de France Rénov’ et leur dispositif Slime pour gagner en efficacité et en économies d’échelle .

Exemple d’une meilleure coopération entre les différents services des collectivité
Par exemple la ville de Marseille fait un lien fort entre ses actions envers les copropriétés dégradées ou en difficulté, de lutte contre l’habitat insalubre ou encore d’accompagnement à l’insertion sociale en mutualisant les informations liées au repérage des ménages, aux enseignements du diagnostic sociotechnique (identification des situations d’indécence et d’insalubrité notamment) et au déploiement des solutions existantes au sein de la collectivité (administratives, sociales, financières voire juridiques).
Exemple de l’utilisation du le permis de louer. Afin de pousser le curseur de l’accompagnement des plus précaires, certains territoires utilisentcette possibilité de prévenir les situations d’indignité et d’insalubrité du logement et de non-décence énergétique. Ce permis est un mécanisme d’autorisation/interdiction de mettre un logement sur le marché locatif, après contrôle. Le permis de louer est utilisé dans près de 400 communes françaises, notamment Grenoble, Lille, Lyon, Marseille ou Montpellier, territoires couverts par un dispositif Slime.
Exemple de complémentarités entre les actions locales de lutte contre la précarité énergétique et les projets d’EnR.
Exemple de dispositifs visant à pallier aux trous dans la raquette des dispositifs nationaux.
En Mayenne, une caisse d’avance a été créée avec une banque mutualiste locale afin de financer l’avance des travaux de rénovation énergétique, souvent refusée par les banques même lorsque le reste à charge du projet de rénovation est nul ou quasi-nul. Cette caisse d’avance se veut pérenne : une fois le prêt remboursé suite à la subvention versée par l’Anah, un nouveau prêt peut être débloqué vers un autre ménage.
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