La gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI) est une compétence attribuée aux intercommunalités depuis 2018 par le législateur. Assortie de la possibilité d’instaurer une taxe, elle ouvre de nouveaux champs d’action sur le territoire aux intercommunalités (1). Mais ces dernières doivent intervenir dans un écosystème touffu à la gouvernance complexe marqué par le désengagement de l’Etat (2).
La gestion des cours d’eau est d’une importance majeure au regard des questions environnementales : effondrement de la biodiversité - faune et flore - augmentation de l’aléa inondation, voire les perturbations dans le cycle de l’eau. Si la sécheresse risque de devenir chronique, affaiblissant les étiages des cours d’eau, elle pourrait s’accompagner d’une hausse des intempéries catastrophiques conduisant à des inondations brutales comme en Vésubie, à Valence ou récemment dans tout l’ouest de la France. Le ruissellement aggrave la perte de terres fertiles et est aggravé par l’imperméabilisation des sols, la suppression des haies et la perte de matière organique des terres agricoles. Face aux risques croissants, une meilleure coordination des acteurs et une action locale plus concrète devient indispensable pour rendre les territoires résilients.
A. La loi attribue la compétence aux intercommunalitésCe sont les lois MAPTAM et NOTRE qui ont acté la création et le transfert de la compétence obligatoire GEMAPI aux intercommunalités à partir du 1er janvier 2018. Elle est plus précisément définie dans l’article L.211-7 du code de l’environnement à travers 4 volets :
Par ailleurs, il est désormais possible d’instaurer une taxe complémentaire à la taxe foncière, la taxe Gemapi. Son montant est au maximum de 40€ par habitant réglée par le propriétaire. Cette taxe doit être affectée exclusivement aux actions de la compétence (entretien des ouvrages affectés à la compétence, prévention des inondations, restauration et entretien des milieux aquatiques…).
Le titulaire de la compétence Gemapi est communément appelé gemapien.
La Gemapi est constituée autour de deux pôles complémentaires
⇒La Gestion des Milieux aquatiques (GEMA) est centrée autour de la restauration des milieux aquatiques tant en termes biologique, qualitatif que quantitatif. Des objectifs ont été définis au niveau européen par la Directive Cadre sur l’Eau. Le gemapien est coresponsable avec l'État de l’atteinte des résultats et pourra être redevable en cas d’amende pour non atteinte des objectifs. A cette fin sont engagés des études et travaux pour reméandrer et diversifier les rivières ainsi que pour supprimer les barrages seuils et digues inutiles. Sur les ouvrages indispensables, des aménagements sont possibles. La plupart des rivières étant sur des propriétés privées, il est nécessaire de mettre en oeuvre une déclaration d’intérêt général sous couvert de la préfecture pour permettre d’engager des fonds publics quand des travaux d’intérêt général sont souhaitables. La Gema vise à améliorer la qualité de l’eau, ce qui la rend complémentaire avec la compétence Assainissement et Eau Potable (AEP) notamment pour la réduction des intrants et du ruissellement, mais aussi le contrôle des rejets.
⇒La Prévention des inondations, concerne la gestion d’ouvrages contre les inondations et les submersions marines de tout type (débordement, remontée de nappes, ruissellement) comme des digues, bassins… mais aussi les actions préventives d’aménagement du bassin versant et de communication/études… L’outil de contractualisation pour accéder aux financements de l’Etat est le Programme d’Actions pour la Prévention des Inondations (PAPI). Ce document peut regrouper plusieurs gemapiens, voire des collectivités non-gemapiennes ayant intérêt à agir. Ce document est également validé par la préfecture mais ne donne pas de pouvoir particulier.
Toute action qui ne se rattache pas à l’un de ces deux pôles n’appartient pas à la Gemapi, même si cela concerne un cours d’eau. Par exemple, l’aménagement touristique d’une berge ne relève pas de droit de la Gemapi, à moins que cet aménagement ne permette également de prévenir les inondations ou d’améliorer les milieux aquatiques.
Quelques précisions complémentaires :
La volonté affichée par la création de la Gemapi est de casser les silos et de mettre en avant les solutions fondées sur la restauration de la nature pour limiter les inondations.
Le gemapien peut mener de nombreuses actions dans et en dehors de la GEMAPI parmi lesquelles :
A. Des établissements publics spécialisés
Le législateur prévoit la possibilité de déléguer ou transférer un ou plusieurs éléments de la compétence à différents syndicats mixtes, qui permettent de s’affranchir des limites administratives pour agir de manière plus pertinente
Les syndicats de bassin versant / rivière, historiquement rattachés à un ou plusieurs cours d’eau avec une existence parfois assez ancienne.
Ceux ci peuvent être labellisés et devenir
A ces nombreux acteurs institutionnels s'ajoutent d’autres acteurs, comme les citoyens/usagers, les propriétaires de terrains jouxtant des cours d’eau, les associations de protection de l’environnement, les professionnels consommateurs d’eau (agriculteurs, industriels, etc.). Ces acteurs peuvent être porteurs de revendications ou chercher des informations.
Sans avoir la compétence GEMAPI, les communes peuvent également participer, soit parce qu’elles possèdent des terrains en bord de cours d’eau, soit en tant que gestionnaire de l’urbanisme, soit au titre de leurs pouvoirs de police générale, pour prévenir « les inondations et les ruptures de digues » ou encore pour agir sur la protection de l’environnement dans le cadre de politiques volontaristes dédiées.
Les services publics locaux gestionnaires de réseaux sont également à impliquer, puisqu’en cas d’inondation, la continuité de leur activité (ou la reprise rapide) sera essentielle. Le gemapien peut jouer alors un rôle d’animateur pour qu’ils se préparent à ce risque et se coordonnent entre eux pour limiter les effets indirects des inondations.
Chaque item de la GEMAPI ouvre une grande possibilité d’intervention que nous allons illustrer par quelques exemples
1°) L'aménagement d'un bassin ou d'une fraction de bassin hydrographique ;
Afin de ralentir l’eau et favoriser son infiltration dans les sols et aussi lutter contre l’érosion, le gemapien peut mettre en place une politique d’intervention sur le bassin versant en dehors de la rivière en restaurant des haies vivantes ou sèches, en aménageant des ralentisseurs dans les fossés ou encore en réimplantant des prairies en zone inondable. Ainsi l’entente oise aisne réalise des aménagements sur-mesure notamment en zone agricole pour les territoires : fascines, gabions, noues, haies sur billon, bassins d'infiltration, … pour limiter le risque d'inondation et préserver l'environnement. La réussite du projet réside dans la recherche de solutions efficaces pour réduire les écoulements et adaptées aux usagers (exploitants agricoles et riverains).
(2°) L'entretien et l'aménagement d'un cours d'eau, canal, lac ou plan d'eau, y compris les accès à ce cours d'eau, à ce canal, à ce lac ou à ce plan d'eau ;
À des fins de protection des biens et des personnes contre les crues, le gemapien peut entretenir, restaurer ou créer des ouvrages de protection en berge, de canaux de dérivation ou de digue en travers de cours d’eau. Ces ouvrages créant un risque potentiel de rupture, de sorte qu’une surveillance régulière doit être effectuée. Ces ouvrages peuvent parfois être liés au stockage d’eau potable et dans de plus rares cas, des ouvrages de navigation sont gérés par des collectivités. L’EPTB Loire assure par délégation pour les EPCI la gestion des digues de protection contre les inondations, en mettant à leur service ses capacités d'ingénierie pour assurer les visites et études réglementaires, les programmes de travaux de mise à niveau ou de neutralisation des systèmes d’endiguement. Par ailleurs, il assure la gestion en direct de deux barrages de régulation de crue sur le bassin de la Loire et tout un panel d'actions de conseil et d’accompagnement des collectivités pour anticiper et mitiger les risques.
(5°) La défense contre les inondations et contre la mer ;
Avec la montée des mers et le changement climatique, le recul du trait de côte et les submersions marines deviennent de plus en plus régulières et vont en s’aggravant. Face à cette situation, une stratégie de retrait à plus ou moins long terme accompagnée d’aménagements intermédiaires doit être mise en place par les collectivités concernées. Dans ce cadre, le Syndicat Mixte des Bassins Versants Saâne Vienne et Scie, gestionnaire de la Saâne (Normandie), plutôt que de multiplier les aménagements pour se protéger des inondations à répétition et des inéluctables submersions marines, a fait le choix de redonner à l’estuaire son caractère inondable en reconnectant le fleuve à la mer et relocalisant les activités à risque comme le camping. Un projet inédit qui pourrait bien servir de modèle pour d'autres territoires côtiers confrontés aux défis du changement climatique.
(8°) La protection et la restauration des sites, des écosystèmes aquatiques et des zones humides ainsi que des formations boisées riveraines.
Les syndicats de rivière et EPCI gemapiens peuvent restaurer les milieux aquatiques et humides de plusieurs manières en reméandrant les rivières pour ralentir l’eau, en supprimant des digues et protections inutiles pour redonner de l’espace aux inondations, en restaurant la continuité écologique et sédimentaire des rivières, en diversifiant les habitats des cours d’eau, en installant des clôtures en bord de rivière, en ré humidifiant des zones humides par suppression de drains ou en favorisant le débordement de la rivière par des techniques inspirées de la nature… Toutes ces actions se font sur terrain privé, ce qui peut nécessiter des acquisitions ou des conventionnements. sont très enrichissants. On apprend de ses erreurs, et on s’enrichit de nouvelles bonnes pratiques. Quand celles-ci sont pertinentes, on les duplique !
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